8 juillet 2021

Un « road trip sportif » comme choix de vie

Présents sur Nature is Bike lors des pitchs le dimanche 27 Juin, Solenne et Gaëtan nous ont présenté leur projet : concilier voyages et sport de haut niveau. Passionnés de sports d’endurance avec une spécialité nommée « Cross-triathlon », ils se sont lancés dans une nouvelle aventure inédite : parcourir l’Europe en van pendant près d’un an, au gré des compétitions. 

Gaëtan et Solenne @polphe_photo

Nature is Bike : Pour commencer, pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Nous sommes Solenne et Gaëtan, originaires de Saumur et de Saint-Malo. Nous sommes deux sportifs professionnels depuis cette année et pour la saison à venir et nous avons fait le choix de partir faire un tour d’Europe en van et de vivre au gré des compétitions sportives afin d’allier notre passion du sport à haut niveau à notre passion du voyage.

Nature is Bike : Comment vous est venue cette passion pour le vélo ?

Solenne : Je fais du vélo depuis que j’ai 9 ans, j’en ai 24 aujourd’hui. J’ai suivi mes frères. Je me suis lancée dans un peu toutes les disciplines du vélo, que ce soit VTT, route ou encore cyclocross donc voilà, je crois que c’est la passion qui se développe et qui reste sous toutes ses formes. 

Gaëtan : J’ai un profil un peu différent, j’ai fait beaucoup de sports mécaniques et vers 22-23 ans, j’ai décidé de migrer vers le vélo et surtout le triathlon. C’est une passion plus récente mais j’ai tout de suite apprécié l’effort qu’il fallait faire. Aujourd’hui j’ai 30 ans donc ça fait 6 ans que je pratique. 

Nature is Bike : Combien de temps par semaine consacrez-vous à vos entraînements ?

On va dire qu’on est passé de 10 à 15h d’entraînement pur par semaine à 17h – 20h, tout en sachant qu’on est sur 3 disciplines, voire même 4 avec le renforcement musculaire. Donc vraiment sur le plan entraînement, on va être à 17-20h mais il y a toute la logistique autour car on vit en van aussi : il faut trouver de l’eau, des endroits où dormir… 

Nature is Bike : Est-ce que vous pouvez nous expliquer à quoi ressemble une journée type ?

Gaëtan : C’est généralement deux à trois séances d’entraînement et du temps de récupération. En Espagne, on a essayé de mettre toutes les séances avant 14h car ils mangent assez tard là-bas. Mais en généralement, on cale une ou deux séances dans la matinée et l’après-midi est liée à d’autres projets ou alors plus sur la logistique liée à la vie en van. On va nager 1h-1h15, en course à pied c’est pareil ce sont des séances d’1h-1h30 et en vélo ça peut varier de 2 à 4h. On fait plus de volume en vélo parce que c’est plus facile.

Solenne : En fait, on se rend compte que notre corps encaisse aussi beaucoup mieux du fait de ne pas avoir de situation professionnelle à côté ou d’études, on est vraiment concentrés là-dessus et même si on fait plus d’heures, notre corps assimile mieux l’entraînement. C’est en ça qu’on dit qu’on se professionnalise vraiment car on va essayer de chercher un niveau de performance plus élevé cette année donc on espère que ça va payer en compétition. Du coup, il y a cet entraînement du côté performance et puis grâce à notre voyage et au vélo surtout, ça nous permet aussi de faire beaucoup de kilomètres en un entraînement afin d’avoir ce côté voyage et découverte. Surtout qu’on a toujours nos vélos de route et de VTT avec nous. 

Nature is Bike : Vous voyagez avec combien de vélos ?

Solenne :  Avec nous dans le camping-car nous avons 4 vélos car il y a toutes les disciplines. Cela nous permet de travailler la spécialité VTT que nous avons en compétition et la route. Chez nous, en dehors du camping-car qui est notre chez nous actuel, nous avons encore un vélo de cyclo-cross.

Nature is Bike : Vous parliez de professionnalisation, avez-vous actuellement le statut de sportif professionnel ?

Gaëtan : Alors, il faut savoir que nous ne sommes pas des sportifs de haut niveau, nous ne sommes pas sur les listes ministérielles. Dans notre discipline le cross-triathlon, qui reste très marginale du fait de sa spécificité, on se considère professionnels dans le sens où on a des mécènes et des sponsors qui nous suivent et nous font confiance.

Solenne : Nous courrons dans la catégorie professionnelle sur le cross-triathlon, qui est notre spécialité, quand on s’inscrit sur les courses mais nous devons trouver d’autres solutions pour vivre car ce n’est pas un sport très reconnu.

Gaëtan : Aujourd’hui, nous n’avons pas suffisamment de sponsors pour tirer un salaire. Nous avançons avec nos économies personnelles et quelques partenaires mais nous savons que dans l’état des choses, nous ne pourrons pas continuer pendant encore 1 ou 2 ans. Nous devrons trouver une alternative. 

Nature is Bike : À l’heure actuelle, quels sont vos partenaires ?

Gaëtan : Nous avons TACTIC pour l’habillement, Sud Loire Caravanes qui nous a bien aidés pour l’acquisition du camping-car. Après, nous avons quelques partenaires « mécaniques ». Nous avons nos magasins de vélos respectifs qui nous ont aidés pour l’achat de vélo parce qu’un vélo coûte très cher. On a aussi Techni Industrie, qui est une entreprise de chaudronnerie industrielle située à Laval. 

Solenne : Après, nous sommes épaulés par nos amis et des membres de la famille qui vont être mécènes de notre association et donc du coup de notre projet. Ça nous aide un petit peu à payer nos frais sur l’année mais ce n’est vraiment pas suffisant. 

Nature is Bike: Combien de compétitions faites-vous par an ? Et de quel type ?

Solenne : Moi, en tant que cycliste j’ai l’habitude de beaucoup plus courir parce que dans le cyclisme on fait beaucoup plus de compétitions.

Gaëtan : De mon côté, du fait d’avoir un travail en simultanée avant je ne pouvais faire que 3 à 4 événements X-Terra sur le cross-triathlon pur. Là, cette année, on va essayer une dizaine d’événements, si le calendrier et le contexte sanitaire le permettent, logiquement on devrait avoir une petite dizaine de courses. 

Nature is Bike : Et depuis le début de votre périple, combien en avez-vous fait ?

Gaëtan : Vu qu’on a attendu un petit peu et qu’en Espagne, la situation s’est vite débloquée, on a réussi à faire deux courses VTT, un trail et un cross en début d’année. 

Solenne : Au début de notre voyage, on est surtout restés sur de l’entraînement parce que c’était la période hivernale. Le triathlon est un sport qui demande énormément d’entraînement donc on va préparer des objectifs spécifiques mais on va en préparer moins. C’est la mentalité que l’on a pour les triathlons. 

Gaëtan : On passe beaucoup de temps à l’entraînement mais l’idée pour nous c’est de concrétiser ce qu’on a fait lors de l’entraînement cet hiver et de voyager donc c’est pour ça que l’on va s’autoriser plus de compétitions.

Nature is Bike : Quel a été l’élément déclencheur à l’initiative de votre tour de l’Europe et de cette décision de vivre une vie de nomade dans le but de participer aux compétitions européennes ?

Gaëtan : De mon côté, c’est quelque chose que j’ai rêvé et que j’ai envisagé. J’ai travaillé pendant 5-6 ans en CDI et on va dire que j’y pensais et que je construisais petit à petit mon projet. Puis Solenne est arrivée et elle a mis un gros coup de pied dans la fourmilière et a dit « maintenant c’est le moment.

Solenne : Je pense qu’avant tout, avant de parler de voyage, c’était la volonté de pouvoir faire du sport à plein temps et après c’est venu logiquement car sur une année il y a 15 courses d’Europe dans des pays différents donc de se dire « deux fois par mois on va devoir prendre l’avion pour aller là, puis revenir chez nous puis repartir », ça ne nous paraissait pas forcément logique donc l’itinéraire c’est fait un peu tout seul dans notre tête. On s’est dit que si on était nomades on pourrait voyager de course en course sans avoir à revenir au point de départ à chaque fois et en plus, moi j’avais déjà fait des périples comme ça en Australie et en Nouvelle-Zélande, l’année dernière, donc c’était aussi l’envie de tester un nouveau mode de vie et malgré le covid ça a été une très bonne période pour ça parce que les frontières sont restées ouvertes dans beaucoup de pays et que nous étions tranquilles. Et puis personnellement ça nous a aidés à avancer dans nos vies alors que beaucoup étaient coincés à cause du covid. Ça nous a permis de rester bien mentalement. On est restés libres alors que tout le monde était confiné. 

Nature is Bike : Avez-vous des conseils à prodiguer à d’autres personnes qui souhaiteraient partir à l’aventure comme vous l’avez fait ?

Solenne :  Je ne pense pas forcément à des conseils parce que chacun a une expérience différente. Nous on avait des contraintes par rapport à notre sport, en l’occurrence on devait avoir des piscines à proximité donc nous avons décidé d’aller dans des pays assez développés et nous ne sommes pas allés dans des pays où il n’y avait pas de structure. Ça va donc dépendre des attentes de chacun. Mon conseil serait donc de ne pas reproduire le schéma de quelqu’un d’autre qui a fait un voyage. C’est vraiment de faire son projet voyage. En tant que nomade, mon autre conseil c’est que ça ne sert à rien de trop prévoir à l’avance parce qu’il y a toujours des surprises et que c’est le principe de la vie nomade. 

Gaëtan : J’ai envie de rajouter qu’à trop prévoir, je pense qu’on pourrait aller trop vite sur des endroits. C’est difficile de faire un tour d’Europe en 6 mois, par exemple nous sommes restés 4 mois en Espagne et nous ne nous sommes pas ennuyés. Je pense qu’un des conseils, c’est de prendre son temps et de réussir à profiter de l’endroit et se laissant le temps d’y rester pour pouvoir apprécier le pays et pas juste les capitales. 

Nature is Bike : Pouvez-vous partager avec nous un souvenir mémorable de votre expérience cette année (compétitions, périple, aventure, …) ?

Gaëtan : Les souvenirs sont dans les échanges qu’on a pu avoir avec les gens parce que c’est quelque chose qui n’est pas forcément évident pour tout le monde, pour moi en particulier c’est difficile d’aller engager une conversation en arrivant dans un pays étranger et les seules fois où on l’a fait, ça a laissé de bons souvenirs. Je vois par exemple avec Tactic, c’est un partenaire mais c’est aussi des humains, on avait fait une sortie vélo avec eux et ça reste un souvenir très enrichissant parce qu’on avait refait le monde. Je pense que ce sont ces moments que l’on a passés à échanger sur nos modes de vie. Ce n’est pas un souvenir très concret mais c’est ce qui reste. 

Solenne : Et puis nous on voyage complètement en fonction de notre sport, c’est un type de voyage différent encore et c’est vrai que de partager notre passion avec d’autres personnes qui ont la même passion, ça nous enrichit énormément. 

Nature is Bike : Êtes-vous stressés avant les compétitions ? Si oui, avez-vous développé des techniques pour bien le gérer ?

Gaëtan : Ça, c’est très proche à chacun, on a tous une manière d’appréhender les courses. 

Solenne : On a besoin de se rassurer, on s’entraîne beaucoup pour quelques compétitions dans l’année donc la semaine avant la compétition il faut qu’on sente que nos jambes sont en forme, qu’on a bien récupéré, que notre matériel est prêt mais malgré ça on stresse. On attend le coup de pistolet pour que la pression redescende un petit peu. 

Gaëtan : Le triathlon c’est un sport où il y a beaucoup de matériel, où les transitions sont très importantes donc on est obligés d’avoir des grigris… 

Solenne : Moi je vais me maquiller avant les courses, on va prendre nos plus beaux vêtements, nos plus beaux casques, ça repose sur la confiance en soi. 

Nature is Bike: Quels sont vos futurs projets ou des étapes que vous aimeriez atteindre dans le futur ?

Solenne : On a des objectifs sports, moi j’ai des objectifs de podium, clairement, sur le niveau Elite ! Après, si on peut parler du voyage, là on fait ce voyage de manière très structurée avec le sport et une volonté dans plusieurs années, ce sera de se dire que nous n’avons plus ces contraintes de haut niveau et nous pourrons voyager dans des pays un peu plus reculés, aller les découvrir en faisant du sport mais pour le loisir. 

Gaëtan : On utilisait le sport pour découvrir en mode aventure. Aujourd’hui on est plus dans le schéma sport performance, on découvre mais le sport de haut niveau a beaucoup de contraintes : contraintes de planning, contraintes de structures en l’occurrence avec les piscines… On a donc des objectifs courts termes et d’autres longs termes. 

Merci pour ce partage d’expérience, au plaisir de suivre vos prochaines destinations 🌎

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